"Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît." Proverbe africain.

 Avant même de savoir lire, les mots étaient mes amis.

Enfant, je «jouais à la bibliothécaire». Cela consistait à classer les livres du rayonnage familial. Je préparais des fiches pour les identifier. Je me souviens du papier bristol vert qui servait de support à mon écriture. Je déguisais celle-ci, pour faire plus adulte, en l’agrémentant de boucles exagérées, afin d’imiter celle de ma mère, chérie entre toutes.


Un livre me paraissait être un monde à lui seul.


J’ai commencé à écrire des poèmes sur ce carnet à la couverture bleu nuit, agrémentée de l’effigie d’un Pierrot, à la mode dans les années 80. Découverts par mon instituteur de CE2, celui-ci avait proposé à  mes parents de contacter une maison d’édition. J’avais refusé, pensant que mes mots avaient trop peu de valeur. Pour remercier l’attention de mon enseignant, je lui avais alors préparé un gâteau, un gâteau «marguerite», une génoise surmontée de demi-poires nappées de chocolat fondu, parsemé d’amandes effilées. Fin de l'histoire.


Adolescente, j’ai lu «les classiques» avec délectation. Chacun me happait dans son univers unique, que je peinais à quitter. Je lisais à table, sur mes genoux, à la dérobée. Je lisais tard la nuit après avoir adressé un «bonne nuit»sonore à toute la maisonnée, dans le secret de mes draps, aménagés en tente pour l’occasion, la page éclairée par la lumière jaune de ma lampe torche.


J’ai continué à écrire des poèmes, puis mes peines, mes espoirs.


Adulte, j’ai voulu enseigner la magie des mots. Je suis devenue professeur de français en collège et lycée. Certains livres sont devenus des outils de travail, tandis que d’autres constituaient des friandises, dégustées dans les instants, trop peu nombreux, de vacuité.


J’ai écrit, encore, mes amours, mes maternités, mes deuils.

Pour mieux comprendre le monde extérieur et mon monde intérieur, j'ai  alors entrepris un parcours en épanouissement personnel , notamment une formation en sophrologie caycédienne, grâce à laquelle je suis, pour reprendre l'expression du fondateur de la méthode,  devenue une "pédagogue de l'existence". Compétence qui m'accompagne désormais, dans tous mes domaines d'intervention.


Et puis, ma grand-mère paternelle a fêté ses 90 ans. Je voyais avec regret ses souvenirs devenir moins précis et considérait avec tristesse que sa vie, si riche, qu’elle m’avait souvent partagée, allait disparaître avec elle. Je n’ai pas pu m’y résoudre. Alors pendant quelques jours j’ai recueilli et enregistré le récit de son existence. Puis je l’ai mis en forme. J’ai pris un immense plaisir à remodeler les mots, tout en y laissant transparaître « l’accent » de celle qui s’était confiée à moi. L’écrivain biographe était née.



Le nom de Plume D’ouïe est alors spontanément venu à moi. De l’oreille à la page, de l’ouïe à la plume, j’étais celle qui donnait vie aux mots intimes, aux mots précieux, délicats et pudiques du flot de l’existence.




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